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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 22:22

Le général Karake Karenzi a été arrêté à Londres le 20/6/2015 en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne. Il est accusé de nombreux crimes graves commis au Rwanda et en RDC pendant et après 1994. Voici quelques extraits de son acte d’accusation.

On a estimé que seulement à Masaka, entre juillet 1994 et le premier trimestre de 1995, ont été assassinés près de 50.000 personnes, et que, dans le but de procéder à l’incinération des cadavres, les lieutenants-colonels Jackson Rwahama Mutabazi et Karake Karenzi ont organisé deux livraisons par semaine de camions pleins de barils d’essence.

Le témoin TAP-004 a désigné sans le moindre doute le capitaine Justus Majyambere et le lieutenant colonel Augustin Gashayija comme étant les hauts responsables des opérations militaires dans la région de Ruhengeri, et qu’ils avaient reçu les ordres d’éliminer toute la population civile, majoritairement Hutu, lesquels étaient tous globalement considérés comme ennemis, donnant comme exemple concret le massacre d’environ dix mille (10.000) personnes éliminées dans la localité de Nyakinama (lieu visité, ainsi que cela a été dit, par les membres espagnols de Médecins du Monde), ou le massacre organisé dans la localité de Mukingo après qu’un grand nombre de personnes avaient été convoquées pour un meeting au marché, lesquels étaient la continuation des massacres sous les ordres du lieutenant colonel Augustin Gashayija. Comme nous aurons l’occasion de le voir ultérieurement, le témoin TAP-002 a complété l’information tant pour cette opération que pour d’autres opérations d’élimination systématique de la population civile Hutu, ainsi que d’expatriés sélectionnés selon le risque qu’ils constituaient de transmettre l’information à l’extérieur ou d’autres évaluations de risque, signalant comme principaux responsables de toutes ces opérations accomplies entre la fin 1996 et le début de 1997 au nord-est du pays, le général Kayumba Nyamwasa, en sa qualité de Commanding Officer des opérations militaires dans la zone nord-est du Rwanda, ainsi que le lieutenant colonel Karake Karenzi, en sa qualité de responsable principal du Directory of Military Intelligence (Services Secrets Militaires), le tout sous le Haut Commandement politico-militaire du général major Paul Kagame. Tant le témoin TAP-002 que le témoin TAP-004, entre autres, ont affirmé qu’il était impossible que la décision d’éliminer les citoyens espagnols ait été prise sans la connaissance préalable ou l’ordre du général major Paul Kagame en personne.

Le témoin TAP-003 a fait plus explicitement référence à deux hauts responsables dans les opérations dirigées contre la population civile à la fin 1996 et au début 1997, se référant au colonel Kayumba Nyamwasa et au colonel Karake Karenzi, en compagnie de leurs agents du renseignement militaire.

Le témoin TAP-043 décrivit l’opération qui eut lieu le 23 avril 1994 dans ce Stade de football de Byumba, sous la manière suivante : vers le milieu de la nuit, des ordres furent donnés aux militaires d’encercler complètement le stade. Une fois fait, ils se sont mis à lancer de manière coordonnée des grenades à l’intérieur du stade. Une fois qu’ils eurent terminé avec les grenades, ils entrèrent dans le stade, tirant avec des fusils automatiques et des mitraillettes (machine gun). L’objectif de l’attaque, laquelle dura plusieurs heures, était d’éliminer tous les déplacés, une population civile désarmée. Seules quelques personnes réussirent à s’échapper, ce qui, selon le témoin TAP-043, entraîna la mort de plusieurs soldats entre eux, en raison de la situation de confusion ainsi créée. Le jour suivant au matin, selon le témoin TAP-043, des militaires de l’A.P.R. ont chargé les cadavres dans plusieurs camions, des camions qui eurent pour destination le Parc National de l’Akagera, dans le [p.105] but de les incinérer en masse. Le témoin TAP-043 a renseigné comme l’un des hauts responsables pour la coordination de l’incinération massive de ces cadavres du Stade de football ainsi que pour ceux d’autres opérations à Byumba et environs, le lieutenant colonel Karake Karenzi.

Il a pu [le témoin] citer comme exemples, lesquels furent complétés avec beaucoup de détails au cours de sa seconde audition, les assassinats des politiciens et leaders d’opinion –comme Emmanuel Gapyisi, Félicien Gatabazi, Gatumba, Martin Bucyana, Fidèle Rwambuka, entre autres-, signalant comme responsable principal de ces opérations le Senior Officer – S.O. Karake Karenzi et Charles Ngomanziza, compagnon et ami du témoin, déjà décédé. [...]

Malgré le fait que le témoin TAP-043 n’a pas fait état des détails concrets de la manière où fut organisée ou fut menée à terme l’opération pour mettre un terme à la vie d’Emmanuel Gapyisi (ce qui n’est pas habituel parmi les militaires de l’A.P.R.), il a expliqué avec clarté les personnes et la structure de l’A.P.R./F.P.R. qui fut chargée de l’exécution de sa mort violente, de même qu’un des exécuteurs de l’opération fut Charles Ngomanziza [...] Selon son point de vue, le témoin TAP-043 affirma que l’opération était coordonnée par, à l’époque, le lieutenant colonel Karake Karenzi (Senior Officer –S.O. de l’A.P.R.) et par le lieutenant colonel Charles Kayonga (Commanding Officer du Bataillon n° 3 et membre du Network Commando), sous les ordres du général major Paul Kagame (comme au cours des opérations éminentes et stratégiques, vu qu’il a signalé qu’une telle décision ne pouvait pas être prise de manière autonome par ces deux derniers). [...]

Le témoin TAP-043 a pu faire part que le même commando et les mêmes personnes, avec la participation de quelques autres militaires, ont organisé d’autres assassinats de politiciens sélectionnés, le témoin TAP-043 mentionnant [p.111] l’assassinat de Félicien Gatabazi (fondateur et Président du Parti Social Démocrate – P.S.D., aussi un parti d’opposition au régime de Habyarimana), opération menée à terme au début de l’année 1994 (concrètement le 21 février 1994). Selon ce qu’a pu révéler le témoin TAP-043, en plus du lieutenant colonel Karake Karenzi et du lieutenant colonel Charles Kayonga déjà mentionnés, furent les responsables directs de cet attentat le capitaine Hubert Kamugisha, le capitaine Godefroid Ntukayajemo et Didier Mazimpaka.

A propos du lieutenant colonel Karake Karenzi, le témoin a ajouté une information complémentaire : il a signalé que le lieutenant colonel Karake Karenzi fut l’aide de camp du général major Paul Kagame durant la guerre, et, une fois terminée, fut nommé Chef du Directorate of Military Intelligence – D.M.I. en juillet 1994 [...]

Le témoin TAP-043 affirma ne pas avoir le moindre doute de ce que le lieutenant colonel Karake Karenzi – comme Chef suprême des services de renseignement militaire depuis juillet 1994 jusqu’à mars 1997- était au courant et approuvait les massacres contre la population civile après la guerre, au cours des années 1994 et 1995, ainsi que les massacres de la population civile des zones de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu à la fin 1996 et au cours des trois premiers mois de 1997 (y compris, par conséquent, les opérations de mise à mort de 4 Observateurs des Nations Unies le 11 janvier 1997 à Giciye, la mort des trois coopérants espagnols de Médecins le 18 janvier 1997 à Ruhengeri, la mort du prêtre canadien Guy Pinard le 2 février 1997 à Kampanga, la mort de cinq agents de la Mission des Observateurs du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (H.R.F.O.R.) le 4 février 1997 à [p.112] Karengera/Cyangugu, le massacre du stade de Ruhengeri du 2 au 3 mars 1997, ainsi que les massacres systématiques planifiés de la population civile majoritairement Hutu dans les enclaves stratégiques de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu, au cours des trois premiers mois de 1997.

Le témoin TAP-043 affirma de même que le Directorate of Military Intelligence –D.M.I. reçut la charge principale d’organiser et d’exécuter le pillage de guerre, tantôt de l’argent, comme des minerais, comme des autres ressources naturelles de valeur, signalant que l’objet du pillage au Zaïre/R.D.C. étaient entreposés dans les entrepôts du D.M.I., signalant que c’était trois membres éminents du D.M.I. qui intervenaient soit dans le pillage systématique des biens, soit dans les massacres signalées, faisant référence à Karake Karenzi comme Chef du D.M.I. jusqu’en mars 1997, Dan Munyuza et Jack Nziza (quoique le témoin n’y participa point, il disposa d’informations sur la responsabilité de ce dernier dans les massacres de Shabunda, Kisangani et Maniema d’avril à juillet 1997), comme les membres de haut rang du D.M.I. envoyé alors au Zaïre/R.D.C. lors d’opérations spéciales.

Pour conclure avec son témoignage concernant la mort de Joaquim Vallmajo, et des autres prêtres rwandais, le témoin TAP-002 a affirmé que, trois jours après qu’il se soit déplacé au Quartier Général de la D.M.I. à Byumba, ainsi que relaté auparavant, il a pu, par l’intermédiaire de son collègue affecté au D.M.I. de Byumba, le sous lieutenant Daniel Ndaruhutse, obtenir la confirmation que ces prêtres avaient été assassinés en un endroit situé à la périphérie de Byumba, et, même sans donner davantage d’explications, le témoin TAP-002 avait la conviction que, dans ce cas où il existait un blanc, leurs corps furent incinérés à l’essence afin d’éliminer toute preuve. Il est certain que Joaquim Vallmajo, Joseph Hitimana, Faustin Mulindwa et Fidèle Milinda, au jour d’aujourd’hui – quasiment 14 années après-, sont portés disparus et que leurs corps sans vie n’ont encore jamais été retrouvés.

Le témoin TAP-002 continua ensuite à faire part de la connaissance qu’il obtint sur la mort des quatre religieux maristes dans l’est du Zaïre. Il affirma qu’il n’y avait pas de témoins directs de l’action, quoiqu’il fît part [p.126] de la connaissance indirecte qu’il obtint conséquemment à son travail de renseignement militaire comme Intelligence Officer.

Le témoin TAP-002 fut informé par le général Kayumba Nyamwasa (à nouveau un militaire de grade bien plus élevé qui fait rapport à un I.O. attaché au High Command) que quatre frères ou religieux qui « étaient gênants au cours des opérations au Congo avaient été assassinés ». Cependant, il obtint les détails concernant cette opération militaire du capitaine Joaquim Habimana, lequel commandait une section du D.M.I. opérant dans le Zaïre de l’époque, avec autorité sur 11 personnes. Selon l’information que le témoin TAP-002 reçut, le capitaine Joaquim Habimana fut le commandant à la tête du groupe de ceux qui ont exécuté la mort des quatre frères maristes, les torturant avant de leur donner une mort violente à deux moments distincts, pour jeter ensuite leurs corps sans vie dans une fosse.

[...] Ces deux commandants militaires – qui n’ont jamais réalisé une opération de ce type de leur propre chef sans instructions préalables ou autorisation- ont d’abord sollicité l’autorisation à puis ensuite informé: le lieutenant colonel Karake Karenzi, identifié par le témoin TAP-002 comme le plus haut responsable du D.M.I. et le supérieur hiérarchique du capitaine Joaquim Habimana (chef de la section du D.M.I. et responsable opérationnel de l’action). [...]

Les personnes qui étaient sélectionnées par le commandement militaire (généralement des personnes appartenant à l’ethnie [p.130] Hutu, quoique pas exclusivement) étaient conduites de force en camions vers la prison militaire de Kami (prison militaire spéciale pour ceux qui étaient considérés comme « ennemis » par l’A.P.R./F.P.R., à laquelle le témoin TAP-038 a explicitement fait référence). Depuis la Prison de Kami, elles étaient transportées toujours en camions vers la Forêt de Nyungwe [...] où elles étaient assassinées, et leurs corps ultérieurement incinérés. Le témoin a signalé que la Forêt de Nyungwe fut utilisée pour massacrer la population civile présélectionnée de même que les réfugiés Hutu du Zaïre/RDC, tant au cours de la première guerre du Zaïre/RDC (1996-1997), qu’au cours de la seconde dans ce pays (1998 et suivantes). Le témoin a signalé comme responsables de ces opérations à la Prison de Kami le lieutenant colonel Karake Karenzi jusqu’en mars 1997 et Ephrem Rurangwa à partir de cette date, en plus du lieutenant Kibingo comme subalterne jusqu’en 2001.

[Gaspard Musabyimana]

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